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Edition
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de France 3 Périgords |
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Dordogne-Perigord.com
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Histoire,
Culture, Traditions > Périgourdins
célèbres
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Mounet Sully |
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Mounet-Sully
Communication
publiée par Guy Penaud
dans le n° 51 du Journal
du Périgord.
L’enfant
de Bergerac
La
figure du tragédien Mounet-Sully (Jean-Sully Mounet
pour l’état-civil) reste gravée dans la
mémoire de son pays natal. Par une sorte d’enchantement,
la ville de Bergerac incarne également le lieu de la
révélation. C’est là que, pour la
première fois – à l’âge de
quatorze ans, en 1855 – le jeune Mounet-Sully vit l’acteur
Ballande réciter les stances de Polyeucte.

Le comédien
raconte cet épisode dans ses souvenirs, comme si, avec
le temps, il était devenu le point de départ de
sa vocation. Cette attirance pour le monde des tréteaux
lui sera aussi transmise très vite par son père,
Jean, passionné de théâtre et comédien
amateur. Ses premières années furent celles d’une
jeunesse plutôt dorée, où le jeune homme
se montra un élève rêveur, plein d’imagination
et de dispositions pour la carrière artistique. Ce fut à l’âge
de vingt-six ans qu’il se décida à quitter
définitivement le Périgord. Pour cela, il dut convaincre
sa mère, Françoise Félicie Orthion, de la
passion qui l’animait. Après un bref passage au
Conservatoire où il reçut les leçons de
Bressant, il connut ses premiers succès. Pensionnaire à la
Comédie française en 1872, sociétaire en
1874, il en fut le doyen à partir de 1895. Au fil des
années, ses talents et sa renommée ne firent que
croître, favorisant et justifiant le récit de la
naissance de la vocation.
Possédant
un corps aux proportions admirables et un visage d'une grande beauté,
il fut acteur, mais aussi dessinateur, peintre,
sculpteur et metteur en scène, faisant du théâtre un art total en
même temps qu'une représentation sacrée. Sa
voix de bronze et d'airain, d'or et de velours – associée à une
plastique superbe et à des gestes magnifiques – parcourait
tout le clavier des émotions humaines en une véritable
orchestration des mots.
En
plus de quarante ans de carrière, Mounet-Sully fut Oreste
aux fureurs véhémentes ; Didier, passionnément
romantique; Hernani, lion superbe et généreux;
Ruy Blas chevaleresque, au lyrisme flamboyant ; Polyeucte amoureux
et mystique; Hamlet, prince mélancolique et inquiet au
pourpoint de deuil ; Œdipe révolté et douloureux,
masque sanglant de l'humanité; Joad, prophète de
Dieu inspiré; Othello aux atroces tortures morales; Syphax,
vieux fauve du désert vaincu; Job chargé d'ans,
burgrave criminel rongé du besoin d'expiation; et, dans
la pièce qu'il écrivit avec Pierre Barbier, Don
Juan vieillissant et pathétique, sensible et généreux,
toujours grand seigneur. Selon son contemporain Péladan,
il fut "à lui seul le plus beau spectacle" de
son époque.
Amant
dans la fleur de l’âge de la sublime Sarah Bernhardt,
lorsqu’ils débutèrent tous deux à la
Comédie française, il épousa plus tard Georgette
Barbot, fille d’un musicien et veuve du docteur de Lorde.
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Hauteville-House,
10 janvier 1873.
À Mounet-Sully:
« Mon cher Mounet-Sully,
Vous êtes un noble artisan. Je vous considère
comme un de mes plus précieux auxiliaires. Le succès
est dû au talent, vous avez l'un et l'autre. Courage
donc! Mon travail me cloue dans la solitude où je
suis: je ne puis aller en ce moment à Paris; il importe
que Marion de Lorme soit jouée en janvier; sans quoi
je vous dirais: venez donc! Je vous offrirais la rustique
hospitalité de ma masure; c'est la vieille maison
d'exil. Elle vous recevrait porte ouverte à deux battants,
ainsi que Mademoiselle Favart, si ma belle, charmante et
pathétique Marion de Lorme voulait prendre la peine
d'enjamber l'océan pour moi. Elle doit se souvenir,
cette ravissante Stella, que le lion Océan est amoureux
d'elle. Dites-le lui de ma part, elle m'apporterait le printemps
en plein hiver. Malheureusement, je crains que tout cela
n'ajoute un retard à des retards, et la saison s'avance
beaucoup.
M. Perrin qui est un excellent esprit peut décider
toutes ces questions mieux que moi. Mais soyez tranquille,
vous; avec moi, ou sans moi, vous réussirez; votre
beau talent a conquis le public. Didier sera pour vous une
victoire de plus. Quant à moi, je ne compte pas.
Offrez mes hommages à ma belle Marion, et recevez
mon cordial applaudissement. » |
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Victor
Hugo |
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Mais
Mounet-Sully n’avait pas oublié son Périgord.
Au début du XXe siècle, le grand tragédien
décida de construire une grande demeure à proximité immédiate
de la petite maison familiale de Bergerac. Le projet fut confié à l’architecte
Henriquet, mais, en fait, l’artiste dirigea les plans,
organisant les lieux dans les moindres détails. C’est
ainsi que fut élevé le plus cocasse des castels
périgourdins, également connu sous le nom de
château de Garrigue. Le château regroupe des bâtiments
assez vastes et pleins de pittoresque. Le donjon et le cloître
sont les parties principales de l’édifice. Le
grand escalier de style ogival fut exécuté par
un charpentier du nom de Chavier, de Sainte-Foy-La-Grande.
Le sculpteur Pavie, originaire de Bergerac, réalisa
les trente-six chapiteaux qui rehaussent le cloître et
exécuta les multiples sculptures ou décors qui
ornent la demeure. Dans le donjon et sous la terrasse qui le
précède, l’acteur a réservé un
vaste emplacement, désigné sous le nom d’atelier,
mais qu’on pouvait aisément transformer en salle
de spectacle, avec une scène élevée de
quelques marches. Au premier étage du donjon, se trouvait
la chambre à coucher du maître du logis. La grande
salle à manger a été installée
dans une grange attenante à l’ancienne maison
de famille. Finalement, le château, à l’image
de son constructeur, fait songer à un décor d’opéra-comique
avec la juxtaposition désinvolte d’éléments
romans, gothiques ou Renaissance.
Il
ne se produira sur scène que deux fois en Périgord,
en 1907, à Chancelade, et, en 1913, à Bergerac.
Les nombreux spectateurs purent alors admirer son art qui révélait
un interprète naturellement accordé au sublime,
imprimant à tous ses rôles l'empreinte de son génie,
questionnant inlassablement les textes, leur donnant vie en inventant
les sons, les formes et les couleurs. Il repose à Montparnasse
dans un caveau dont la voûte représente un ciel
bleu couvert d’étoiles, étoiles aussi nombreuses
que tous les triomphes qu’il remporta sur les planches.
Auteur : Guy
Penaud, historien ayant publié depuis une trentaine
d'années de nombreux ouvrages sur l'histoire du Périgord
et sur la vie des Périgordins.
— Contact : penaud.guy@wanadoo.fr
Crédit
photos : Coll. A.D.Dordogne, Coll. de la Comédie
française. |
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