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Histoire,
Culture, Traditions > Périgourdins
célèbres > Le
ministre Bertin |
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Le
ministre Bertin
Communication
de Guy Penaud
publiée dans le n°131 du Journal
du Périgord.
Un homme peu ordinaire
Henri-Léonard
Bertin est né à Périgueux, le 24 mars 1720,
dans une famille de robe récemment anoblie, probablement dans
la maison familiale aujourd’hui détruite et qui se trouvait à l’angle
des rues Taillefer et de l’Aubergerie. Après d’excellentes études
chez les jésuites, il devint avocat en 1741, puis protégé par
le contrôleur général Orry et par le chancelier
d’Aguesseau, il succéda à son père comme
maître des Requêtes, en 1745. Il siégea au Grand
Conseil comme président, en 1749. A ce poste, il fut l’un
des juges de La Bourdonnais, l’un des aïeux de Mme Yves
Guéna, qu’il parvint à faire acquitter ; dans
cette circonstance, Voltaire remarqua son sens de la justice et son équité.
Intendant du Roussillon, en 1749, puis de Lyon, en 1754, il fut nommé lieutenant-général
de Police à Paris trois ans plus tard. Cette fonction lui
valut d’être protégé par Madame de Pompadour
et de compter parmi les familiers du roi.
Il succéda,
en novembre 1759, à M. de Silhouette (ministre si peu présent
qu’il a donné son patronyme à un nom commun) comme
contrôleur général des finances dans le nouveau
gouvernement formé autour du duc de Choiseul. Plein de bonne
volonté, il allait s’efforcer de réorganiser l’administration
des provinces et durant les quatre années passées au
contrôle général des Finances, il appuiera sans
réserve l’action de Trudaine. Malheureusement, la dégradation
de la situation financière provoquée par la guerre l’obligea,
plus encore que ses prédécesseurs, à des réformes
sévères et impopulaires, en particulier à l’établissement
d’un cadastre qui devait conduire à une répartition
plus équitable des impôts. Devant l’insubordination
générale et dangereuse des Parlements, Choiseul temporisa,
recula, céda et finalement sacrifia Bertin. Si le roi n’avait
pu s’opposer au renvoi de Bertin, il ne voulait pas abandonner
un ami. Un secrétariat d’Etat fut créé spécialement
pour lui. C’était une espèce de fourre-tout que,
faute d’autre nom, l’on désignera comme "le
département de Monsieur Bertin". Y étaient affectés,
pêle-mêle, les manufactures de porcelaine, l’agriculture,
les mines, les canaux et la navigation intérieure, les carrosses
publics et les fiacres, les messageries, le roulage et la petite poste,
les dépôts des chartes, les loteries, la Compagnie des
Indes, les manufactures de toiles peintes et de coton et certains
biens propres du roi !
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Amoiries de la famille Bertin
:
d’argent à trois roses de gueules, sur une terrasse de
sinople,
feuillées et tigées de même,
au chef d’azur
chargé de trois étoiles d’or.
Henri-Léonard Jean-Baptiste
Bertin
(1720-1792).

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Bertin,
qui, la même année, venait d’être élu à l’Académie
royale des Sciences (académicien le 28 novembre 1761, vice-président
en 1763, président, en 1764 et 1770, et membre honoraire lors
de la réorganisation du 23 avril 1785, fut également membre
honoraire de l’Académie des inscriptions et belles lettres),
aura ainsi à s’occuper de l’institution des concessions,
de leur exploitation, sur les plans administratif et technique.
Pendant
près de dix-huit années, bien qu’entouré de
collaborateurs insuffisants en nombre et parfois aussi en qualité,
Bertin n’en poursuivit pas moins ses efforts dans deux directions
pour lui essentielles : l’agriculture et les mines. Dans la première,
après l’Ecole vétérinaire de Lyon en 1762,
il créa celles de Limoges, en 1766, et de Maisons-Alfort, en 1767.
Dès 1765, quatorze sociétés provinciales d’agriculture
furent mises en place par les intendants sous son impulsion. Dans
la seconde, il veillera, avec une souple énergie, à l’application
aux mines de charbon de terre de l’arrêt de 1744, en dépit
de l’hosilité persistante des petits propriétaires,
en favorisant les compagnies concessionnaires. Il s’efforça,
en même temps, de faire imposer un régime analogue aux mines
métalliques. Mais il lui parut évident de ne pouvoir atteindre
ces buts sans la création préalable d’un "Corps" d’ingénieurs,
techniciens avertis et capables de dispenser un enseignement dans
un établissement
d’enseignement établi à cet effet. Bertin pensa d’abord à assurer
son financement. Dans ce but, un arrêt fut rendu le 13 janvier
1776, commettant le caissier de la Petite Poste de Paris pour recouvrer
les contributions des exploitants de mines destinées à l’entretien
d’une école des mines. Ce caissier devait également
percevoir les contributions versées par les entrepreneurs de carrosses
des villes de Lyon, Bordedeaux et autres, ainsi que par les exploitants
des "Petites Postes" pour l’entretien des écoles
vétérinaires créées. La création de
l’Ecole des mines de Paris était ainsi rendue possible !
En 1780, il démissionna de ses
fonctions de ministre et secrétaire d’État et
de celles de trésorier des Ordres du roi pour se retirer à Chatou.
Lorsqu’il avait acquis le domaine de Chatou et de Montesson
en 1762, c’était en partie pour en faire un domaine
d’expérimentation d’agricole, où il pourrait
cultiver notamment la pomme de terre, dont il était, avec
Parmentier, un fervent partisan. Ses sœurs l'avaient d’ailleurs
introduites en Périgord. Il avait fait très vite aménager
dans son nouveau domaine de magnifiques jardins d’ornement.
Il y avait développé un immense potager et une exploitation
maraîchère alimentés par un système d’irrigation
complexe. Il avait fait construire une bergerie, une volière
et avait entrepris également la restauration du "Château
Vieux", ancienne demeure des seigneurs de Chatou. Ami de Soufflot,
il lui avait commandé les plans d’un Nymphée,
aboutissement du système d’irrigation et œuvre
ornementale pour les jardins. Il lui avait demandé également
d’assurer la construction d’un nouveau château,
appelé Château Neuf, ensemble de bâtiments imposants
comprenant plus de soixante-douze pièces.
Lorsque Bertin s’y installa définitivement,
en 1781, il était à la tête d’un magnifique
domaine qu’il ne cessa pas d’agrandir par de nouvelles
acquisitions. Mais, au lendemain de la Révolution, face à l’hostilité des
habitants, il s’exila volontairement et il s’éteignit
brutalement à Spa (Belgique), le 16 septembre 1792. De la
Seigneurie de Bertin à Chatou, il ne reste aujourd’hui
que le Nymphée de Soufflot heureusement préservé et
ses armoiries qui sont devenues celles de la ville.
Cet homme peu ordinaire, "comte
de Bourdeille, premier baron du Périgord", avait fait
venir, en 1770, du Cap de Bonne Espérance, à la ménagerie
de Versailles, le premier rhinocéros qu’on ait vu en
Europe. Toutefois, on ne peut qu’être surpris – si
ce n’est qu’il bénéficia de ce fait d’immenses
avantages grâce à la spoliation de son frère
aîné, Louis Mathieu – par l’apparente indifférence
qu’il manifesta au sort de ce dernier, enfermé durant
vingt-sept longues années à la Bastille ! |
Auteur : Guy
Penaud, historien ayant publié depuis une trentaine
d'années de nombreux ouvrages sur l'histoire du Périgord
et sur la vie des Périgordins.
— Contact : penaud.guy@wanadoo.fr
Crédit
photos : Coll.
A.D.Dordogne, Bibliothèque municipale de Périgueux. |
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