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Histoire,
Culture, Traditions
>Périgourdins célèbres > Jean
Brossel |
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Le
professeur Jean Brossel
Communication
publiée par Guy Penaud
dans Le
Journal du Périgord de
février 2005.
Un
savant émérite
Disparu
en 2003, le professeur Jean Brossel, né à Périgueux
en 1918, fut un des savants les plus réputés
de sa génération. Membre de l’Académie
des sciences, ses travaux en firent le complice du prix Nobel
Alfred Kastler.
Francis Gires, le professeur
périgoudin devenu l’un des meilleurs historiens français
de l’enseignement de la Physique a, depuis long
temps, rappelé ce que la Physique mondiale devait à l’un
de nos compatriotes : Jean (-Marie) Brossel.
Ce dernier est né, le 15 août
1918 à Périgueux, d’André Brossel et de
Jeanne Stéphanie Léontine Mansoux, un couple d’enseignants.
Après de brillantes études au lycée Bertran-de-Born
de Périgueux, (il eut comme professeur de physique Pierre
Zizard et obtint le 2e Prix du Concours général de
mathématiques), ce petit-fils d’un typographe de l’imprimerie
Joucla fut reçu au baccalauréat. Ce fut au cours d’un
oral de cet examen qu’il rencontra, pour la première
fois, comme examinateur, Alfred Kastler, qui était à l’époque
professeur à l’Université de Bordeaux. Ce fut
le point de départ d’une complicité entre ces
deux hommes qui allait durer des dizaines d’années.
Brossel sortit de l’ENS (Ecole normale supérieure) avec
l’agrégation de Physique en 1945. Ses études
avaient été interrompues, un temps, par la guerre;
mobilisé dans les forces terrestres antiaériennes,
son courage lui avait d’ailleurs valu, durant la campagne de
France, la Croix de Guerre. La recherche française étant
sinistrée, il partit travailler dans des laboratoires anglais
(jusqu’en 1948), puis américains, avant de revenir soutenir
sa thèse d’État à Paris, à l’automne
1951, sur les expériences qu’il avait réalisées
au célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT).
DE LA SPECTROSCOPIE HERTZIENNE
À ALFRED KASTLER
Attaché de recherches, puis Maître de recherches
au Centre national de recherche scientifique (CNRS) de 1951 à 1955,
il fut alors nommé Professeur à la Faculté des
Sciences de Paris puis à l’Université Paris 6
(Pierre et Marie Curie) où il enseigna, comme professeur émérite,
jusqu’à sa retraite en 1985. Codirecteur du laboratoire
de Spectroscopie Hertzienne de l’ENS jusqu’à la
retraite d’Alfred Kastler en 1972, puis directeur de ce laboratoire,
il fut également directeur du département de Physique
de l’ENS de 1973 à 1985.
Élu à l’Académie
des Sciences en 1977, Jean Brossel reçut de nombreuses distinctions
honorifiques ; parmi les plus importantes, citons, en 1960, le Prix
Holweck décerné conjointement par les Sociétés
de Physique anglaise et française et, en 1984, la Médaille
d’Or du CNRS. Le laboratoire de Spectroscopie Hertzienne de
l’ENS, fondé en 1951, et codirigé par Alfred
Kastler et Jean Brossel, joua un rôle éminent dans le
développement de la physique atomique et de l’optique
quantique tant en France et qu’à l’étranger.
La complicité intellectuelle et la complémentarité des
tempéraments de ces deux scientifiques furent essentielles
pour ce succès.
Selon les professeurs Bernard Cagnac
et Claude Cohen-Tannoudji du Laboratoire Kastler-Brossel de l’ENS,
les méthodes optiques introduites par ces deux savants permirent
tout d’abord d’orienter les moments magnétiques
atomiques en excitant les atomes avec une lumière résonnante
polarisée. C’est le principe du pompage optique. Si
les atomes sont soumis de plus à une onde hertzienne qui induit
la résonance magnétique, cette résonance est
détectée par une modification de la lumière émise
ou absorbée par les atomes. Cette méthode de double
résonance combine la précision des mesures de fréquence
des ondes hertziennes avec la sensibilité bien supérieure
de la détection en optique.
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Jean
Brossel |
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Alfred
Kastler
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Les méthodes optiques introduites
par ces deux savants permirent tout d’abord d’orienter
les moments magnétiques atomiques en excitant les
atomes avec une lumière résonnante polarisée.
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La maison où vécut
Jean Brossel, 58 rue Léon-Félix à Périgueux,
jusqu’en 2003.
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DE L’ÉCOLE DE PENSÉE
AU PRIX NOBEL
Ces découvertes permirent d’obtenir rapidement
une moisson de développements nouveaux dans toute une série
de domaines: spectroscopie de haute résolution, horloges atomiques
et standards de fréquence, magnétomètres de
haute sensibilité, orientation des noyaux, sans compter toutes
les études d’effets nouveaux dans les interactions atomes
lumière. L’avènement des sources laser accordables
au début des années 70 produisit une explosion des
recherches dans ce domaine qui se poursuit actuellement et qui explique
le renouveau de ce champ de la physique.
Le professeur Jean Brossel, de son
côté, se dévoua sans compter pour attirer et
former les meilleurs étudiants en jouant un rôle pionnier
dans la création des enseignements de troisième cycle
préparatoires à la recherche. Il eut également
une influence profonde sur le développement de la physique
en France par le rôle qu’il joua à la direction
du département de physique de l’ENS ainsi que dans les
commissions du CNRS et de l’Université. Jean Brossel
est mort, célibataire, le 4 février 2003 à Périgueux,
où il est inhumé, après s’être retiré à la
fin de sa vie auprès de sa famille, 58 rue Léon-Félix.
Il était officier de la Légion d’honneur et Grand-croix
de l’Ordre national du Mérite. Avec Alfred Kastler,
ils ont formé une école de pensée et un centre
d’excellence scientifique, dont le rayonnement national et
international fut et reste exceptionnel. On comprend mieux dès
lors pourquoi Alfred Kastler n’a cessé d’exprimer,
en public comme en privé, ses regrets que notre Périgourdin
n’ait pas partagé avec lui le Prix Nobel qui lui fut
décerné en 1966.
Auteur : Guy
Penaud, historien ayant publié depuis une trentaine
d'années de nombreux ouvrages sur l'histoire du Périgord
et sur la vie des Périgordins.
— Contact : penaud.guy@wanadoo.fr
Crédit
photos : Journal
du Périgord. |
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