C’est
son petit-fils, nommé Contrôleur général
des Comptoirs et Monnaies de France par Louis XV, qui créa
autour du manoir un premier jardin. Il a été conçu à la
française au XVIIIe siècle, puis totalement bouleversé et
modifié en jardin romantique anglais au XIXe pour suivre
la mode de l’époque, avant d’être plus
ou moins négligé et mal entretenu au début
du XXe. Ce fut seulement dans les années 1960 que Gilles
Sermadiras de Pouzols de Lile recréa à Eyrignac,
selon son inspiration, de nouveaux jardins que son fils Patrick
n’a cessé d’entretenir et d’embellir.
Ils ont recherché et retrouvé certaines traces primitives
et les ont recomposés avec talent dans l’esprit du
XVIIIe siècle influencé, alors, par l’Italie.
Les jardins que l’on peut admirer aujourd’hui sont
inscrits, depuis 1986, à l’Inventaire supplémentaire
des Monuments historiques et ouverts au public en 1987. Reconnus
parmi les beaux jardins de France, ils ont obtenu trois étoiles
au Guide Michelin.
Dans les salons du beau manoir d’Eyrignac,
où Patrick Sermadiras de Pouzols de Lile reçoit ses
amis, on peut admirer le portrait d’un des membres le plus
célèbre de la famille propriétaire des lieux
depuis plusieurs siècles: Gauthier de Costes de La Calprenède.
Celui-ci est né, vers 1610,
tout à côté, au château de Toulgou, qui
se dressait sur le territoire de la commune de Saint-Crépin-et-Carlucet
(on ne peut maintenant découvrir, au bout d’une allée
de charmes séculaires, que les ruines de ce qui fut mi-manoir,
mi-métairie), de Pierre de Costes et de Catherine du Verrier-Genouillac.
S’étant fait remarquer par son bel esprit et de réelles
dispositions pour les études, il fut envoyé à l’Université de
Toulouse pour y recevoir une formation de juriste.
Toutefois, poussé par la passion
de l’écriture, il y rédigea une première
tragédie, La mort de Mithridate, dont la première
représentation eut lieu en 1636. Il se dirigea ensuite vers
la carrière des armes et entra en qualité de cadet
dans le Régiment des Gardes du Roi. Il fut nommé officier
avec le titre de gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi. Assez
rapidement, à la cour, il sut amuser les dames d’honneur
de la Reine par les histoires merveilleuses qu’il leur racontait.
Il s’y fit une réputation de charmant causeur et de
conteur intarissable, puis se décida de retranscrire par écrit
les histoires qu’il contait, « en s’excusant,
disait-il, de manier la plume d’une main qui ne devait porter
que l’épée ». Seigneur d’Eyrignac
et de Maurival, il devint, dès lors, auteur à succès
et publia pas moins d’une dizaine de pièces de théâtre
dans l’air du temps: la mort de Mithridate, Bradamante, Jeanne
d’Angleterre, Clarionte ou le sacrifice sanglant, Le Comte
d’Essex ou Herménegilde. À Richelieu, qui trouvait
ses vers un peu lâches, il répondit, en fier Périgordin
qu’il était: « Comment? Lâches! Cadédis!
il n’y a rien de lâche dans la maison de La Calprenède! ».
Gentilhomme adulé – en 1648, il épousa
Madeleine de Lice – quand il n’était pas à la
cour, il résidait soit dans son château du Toulgou,
soit dans sa maison sarladaise (dans la rue qui porte aujourd’hui
son nom). Après les pièces de théâtre,
il se tourna vers le roman. S’il ne fut pas un grand styliste,
il passionna les foules et le cercle des fins lettrés en
inventant le "roman historique" qui fera plus tard la
gloire d’Alexandre Dumas. Son premier roman, Cassandre, ne
compte pas moins de 10 volumes, écrits entre 1642 et 1645.
Le second, Cléopâtre, qui en comportait 12, parut
en 1647. Le dernier, Pharamond, qui aurait sans doute dépassé en
nombre de volumes ses précédentes productions, resta
inachevé. Ces romans fleuves, lus le soir à la veillée,
avaient le don d’émouvoir les dames de la cour d’Anne
d’Autriche, dont il fut le protégé, et étaient
appréciés aussi bien par Condé et Fouquet,
que par Molière ou Mlle de Scudéry. Madame de Sévigné,
de son côté, à propos de ses œuvres,
a pu dire : « Le style de La Calprenède est maudit
en mille endroits, de grandes périodes de roman, de méchants
mots, je sens tout cela… Je trouve donc qu’il est
détestable et je ne laisse pas de m’y prendre comme à de
la glu. La beauté des sentiments, la violence des passions,
la grandeur des événements et le succès miraculeux
de leur redoutable épée, tout cela m’entraîne
comme une petite fille ». En effet, les ouvrages de La
Calprenède, par la peinture de beaux sentiments et de scènes
héroïques, flattaient les goûts de l’époque.
Auteur : Guy
Penaud, historien ayant publié depuis une trentaine
d'années de nombreux ouvrages sur l'histoire du Périgord
et sur la vie des Périgordins.
— Contact : penaud.guy@wanadoo.fr
Crédit
photos : Journal
du Périgord. |