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  Histoire, Culture, Traditions > Périgourdins célèbres > Eugène Le Roy
 

Eugène Le Roy


Un témoin de son temps,
une référence pour le nôtre

La société décrite par Eugène Le Roy est une société en noir et blanc, le noir recouvrant la plus grande partie de la palette. Il en connaît les causes et son militantisme n’a d’autre but que de les supprimer. S’il admet que certains actes répréhensibles sont explicables, voire excusables, il n’en est pas moins attaché aux vertus civiques que manifestent, par leurs propos et leur comportement, certains des personnages mis en scène.

Une société en noir, c’est d’abord la "fracture sociale", selon une expression moderne, marquée par la coexistence d’une classe "dominante" proche de l’église, tout au moins en apparence, et d’une classe "soumise".

La classe dominante
Parmi les dominants, on trouve d’abord les représentants de l’État, "les gens qui sont à Paris, à la tête", dont "on ne disait pas de bien", responsables du prix excessif du sel et de la mauvaise répartition des multiples impôts, et les députés dont on ne disait pas de bien non plus sauf exception: « Comme il était du pays, que c’était un Général et qu’il faisait beaucoup travailler à La Durantie, on ne parlait pas du maréchal Bugeaud, mais les autres députés étaient mal arrangés » (Le Moulin du Frau). C’était ensuite les châtelains. Mais Eugène Le Roy ne stigmatise que ceux qui se comportent de façon indigne. Il distingue, en effet, nettement ceux qui, comme le comte de Nansac (Jacqou Le Croquant) se parent d’un titre mal acquis, comme l’a été leur fortune, et maltraitent les gens modestes (La manière de faire du Comte montrait bien, au reste, ce qu’il en était. Il n’y avait personne, aux alentours de l’Herm, qui n’eût à se plaindre de lui et de son monde) (Jacqou le Croquant), de ceux qui se montrent dignes de leur noblesse, sont près du peuple et se préoccupent de son sort, comme le chevalier de Galibert (Jacqou le Croquant) et Maine de Biran, gentilhomme campagnard, homme politique, philosophe de grand renom, dont le souci était de donner du travail aux vignerons, de ne pas les laisser manquer de pain et de travail et de payer leur journée équitablement (cit. par G. Fayolle, La vie quotidienne en Périgord au temps de Jacqou le Croquant).
C’était aussi certains curés qui ne voyaient dans leur ministère qu’une source de revenus et de puissance, ou dont la conduite n’était pas toujours exemplaire. Tel était le cas du curé Pinot, cité dans Le Moulin du Frau, qui vivait avec une compagne présentée comme étant sa nièce. Mais plus grave encore était l’attitude des "missionnaires” envoyés dans les campagnes pour les rechristianiser et qui n’hésitaient pas à persuader la foule crédule que les "impies" du voisinage étaient responsables de leur malheur au risque de provoquer de véritables pogroms. Celui dont était victime le docteur Charbonnière est sans doute imaginaire mais il a été inspiré par un fait réel, le meurtre par une foule hystérique d’un jeune aristocrate dans le village de Hautefaye «… armés de leurs lourds bâtons, de gros piquets arrachés aux clôtures, de fourches en fer ravies dans les étables, quelques-uns de serpes, tous de couteaux, hommes et femmes, vieux et jeunes, roulèrent en une foule désordonnée dans le chemin qui menait à la veille demeure huguenote… » (L'Ennemi de la mort).

Triste condition que celle des huguenots. Ainsi, accablé de malheurs, victime de sa foi et sa bonté, le même docteur Charbonnière en vient à se résigner jusqu’à accepter la mort accidentelle de sa dernière fille: « Maintenant, elle était à l’abri de toutes les douleurs physiques et morales qui harcèlent les humains. Elle était dans un séjour de paix où nulle hostilité ne pouvait plus l’atteindre, d’où nulle puissance ne la pouvait chasser ».

 
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Présentation

Fidèle au service et à ses convictions

Un témoin de son temps, une référence pour le nôtre

Conclusion

 

eugene_le_roy

Le Moulin du Frau,
histoire du meunier
périgordin Hélie Nogaret.

Paris, M. Dreyfous
et M. Dalsace, 1895.
(Arch. dép. de la Dordogne).

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Jacquou le Croquant. Paris, Calmann-Lévy,
1900. (Bibl. mun. Périgueux).

Auteur : Serge Salon,
président de l’Institut de préparation à l’administration générale de Paris.
Jean-Charles Savignac,
maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris.
Crédit photos :
Journal du Périgord.

Mais, là encore, Eugène Le Roy tient à montrer que son hostilité à l’égard des prêtres et du fait religieux n’est pas systématique. Ainsi fait-il dire au meunier du Frau: « Jamais nous n’aurions dit, ni rien fait qui pût faire de la peine aux personnes dévotes; nous n’avions point de haine contre les curés et la religion; et nous ne parlions pas mal du Bon Dieu; nous n’étions donc pas des impies comme le disaient les vieilles bigotes. Mais, par exemple, nous étions tout à faire indévots et incroyants ». Le même, parlant d’un nouveau curé, déclare:
« C’était un homme d’âge, bon et charitable à donner sa chemise, qui prenait les gens par la douceur, ne faisait pas de politique, ne se mêlait pas des affaires de la commune ni de celles des particuliers et ne disait point d’injures à ceux qui ne fréquentaient pas l’église… Ainsi fut-il aimé tout de suite chez nous de tout le monde, sans exception… »
. Le même déclare encore: « Moi… j'aime tous les braves gens, qu’ils soient enfants d’Abraham, de Mahomet, papistes… ».
On ne saurait être plus clair sur les sentiments de tolérance dont Eugène Le Roy était pétri. L’anticléricalisme dont il se réclamait signifiait donc qu’il souhaitait une séparation de l’Église et de l’État, en somme qu’il était pour la laïcité, comme on dit aujourd’hui, le spectacle de la connivence entre les autorités publiques et la religion dominante décrit dans L’Ennemi de la mort ne lui paraissant pas conforme à la démocratie, qui est d’abord tolérance, respect de l’autre quel qu’il soit: « Monsieur le sous-préfet en costume, les juges, le procureur du roi, l’officier de gendarmerie avec ses hommes en grand uniforme, le receveur particulier, les agents des régies, le maire, les adjoints, les conseillers, la noblesse, la bourgeoisie, en un mot tous les honnêtes gens de la ville se sont dévotement rapprochés de la sainte table: ah! C’était un beau spectacle et bien édifiant!...».
Sur ce point encore, l’expérience d’Eugène Le Roy peut apporter des éléments utiles de réflexion sur les problèmes que soulèvent aujourd’hui la laïcité et les manifestations diverses d’intolérance et de fanatisme religieux.

Les soumis
F
ace à la classe dominante se trouve la masse inorganisée des "soumis" composée en majorité de paysans, le plus souvent métayers, fermiers, journaliers ne bénéficiant d’aucune garantie. Ainsi voit-on M. Silain, « un homme qui, toute sa vie, avait été inutile et même nuisible », chasser toute une famille de métayers au motif que le plus jeune, rentré après sept ans de service militaire, lui avait reproché de se fâcher pour des riens et de les traiter comme des chiens: « Le métayer avait bien été le trouver et avait demandé pardon pour son frère, le pauvre diable; la demoiselle Ponsie avait prié, supplié et même pleuré, rien n’y avait fait… Qu'avaient-ils à dire? La terre était à lui, n’est-ce pas? Et s’il lui plaisait d’y mettre d’autres métayers, ou de la faire valoir par des domestiques, ou de la laisser en friche, qui pouvait l’en empêcher? » (Le Moulin de Frau).
Il y avait aussi dans cet ensemble des personnages douteux exploitant la misère et l’ignorance comme les sorciers ou les charlatans ou encore se transformant la nuit en brigands qui guettaient les passants pour les dépouiller et parfois les assassinaient. Le docteur Charbonnière, qui avait failli en être victime (L’Ennemi de la mort), leur trouvait cependant des excuses «… il était mal né, sans doute, mais combien l’ignorance, la misère, l’absence de toute éducation morale, avaient développé ses défauts et ses vices!... Que de pensées fâcheuses, de tentations déplorables assiègent le pauvre à qui tout manque, la nourriture du corps et celle de l’esprit ».
Condamné à l’emprisonnement et observants ses codétenus, il « en était venu à cette opinion que la perversité des individus provenait moins de leur nature propre que du milieu dans lequel ils avaient vécu… Parmi tous ceux qu’il avait vu passer à la prison et qu’il avait observés… tous rejetaient sur la négligence de leurs parents, la misère, le malheur ou les mauvais exemples, l’abjection où ils étaient déchus. Ainsi, le défaut de justice et d’équité dans les relations humaines et dans la répartition des avantages sociaux apparaissaient à Daniel (Charbonnière) comme la cause génératrice du vice et du crime, bien plus que les dispositions perverses, innées des individus ».
Le même docteur a été amené en d’autres circonstances à manifester à l’égard des malfaiteurs son indulgence, signe de ses qualités humaines exceptionnelles. En effet, convoqué devant le tribunal chargé de juger des émeutiers qui avaient assassiné celle qu’il considérait comme sa mère, pillé et brûlé sa maison, il implorait les juges de ne pas prononcer la peine de mort: « Laissez là, Messieurs, dit-il, cette barbare loi du talion… Un assassinat ne peut se réparer par un meurtre juridique. Un être collectif n’a pas plus le droit qu’un individu de donner la mort à un homme. La société n’a point à se venger: son droit s’arrête à sa défense, et l’exemple est inutile… Légalement, vous pouvez les tuer; humainement, vous ne le devez pas! ».
Sur les causes de la délinquance et le traitement des criminels, le discours d’Eugène Le Roy est donc bien en avance sur son temps, mais il n’a pas perdu de son intérêt au moment où l’on constate une certaine augmentation de la délinquance et de la pauvreté, de la violence et des manifestations de racisme et d’intolérance, où l’abolition de la peine de mort, si l’on en croit les sondages, ne semble toujours pas avoir rallié la majorité de l’opinion.

Un peu d’espoir
S
i l’on perçoit une lumière dans la description de la société par Eugène Le Roy, en son temps, elle émane donc du docteur Charbonnière qui, plongé dans un univers hostile et ingrat, n’en fait pas moins preuve en toutes circonstances de son amour désintéressé du prochain et demeure fidèle à ses principes au point de finir dans le plus profond dénuement. Un saint en quelque sorte.
De cet homme admirable, on pourrait rapprocher quelques autres, comme le Chevalier de Galibert, vrai noble, et le curé Bonal, prêtre bon et vertueux, qui ont accueilli Jacqou dans la détresse, maître Fongrave, qui, bénévolement, a défendu Martissou, le malheureux père de Jacqou et Jacqou lui-même lorsqu’à son tour, il a dû comparaître devant le tribunal… autant de personnages admirables auxquels Eugène Le Roy n’a pu que prêter ses propres sentiments. Autrement dit, il parle au lecteur par personnage interposé, le laissant libre de sa réflexion et de son jugement. Il parle peu directement et, lorsqu’il lui arrive de le faire, c’est pour énoncer des principes simples mais fondamentaux: « Certainement l’instruction est une bien bonne chose et désirable pour tous » mais il faut surtout que les enfants apprennent « à être honnêtes avec tout le monde, surtout avec les vieux, et bons pour les malheureux », qu’il est « mal de mentir et honteux: le menteur est pire que le voleur! ». Il faut aussi « les affermir contre les contrariétés… les endurcir contre le mal… leur inspirer des idées de dévouement au pays et à toutes les grandes choses ».
Voilà l’ébauche d’un programme dont pourraient s’inspirer ceux qui, aujourd’hui, redécouvrent l’utilité d’une instruction civique.



 
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