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Histoire,
Culture, Traditions > Périgourdins
célèbres >
Eugène Le Roy |
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Eugène
Le Roy
Communication
de Serge
Salon, président de l’Institut
de préparation à l’administration générale
de Paris, et Jean-Charles Savignac, maître de conférences à l’Institut
d’études politiques de Paris publiée dans le n°131
du Journal
du Périgord.
Régionaliste
engagé et précurseur
Beaucoup
connaissent Jacquou le Croquant, surtout depuis qu’une
chaîne de télévision(1) a conté à un
vaste public l’histoire pathétique de ce malheureux
enfant. Orphelin à huit ans de son père d’abord
mort aux galères où l’avait envoyé le
sinistre comte de Nansac, puis, de sa mère, terrassée
par le chagrin, le travail et les privations. Devenu adulte,
il les a vengés en brûlant le château de
leur persécuteur. Cela se passait entre 1819 et 1830.

Eugène Le Roy
dans son bureau de Montignac-sur-Vézère
quelques années avant sa mort. |
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Sources
:
1 TF1,
série en six épisodes, par Stellio Lorenzi.
2 Les principales: Le Moulin du Frau, Au pays des pierres
(recueil de nouvelles), l'Ennemi de la mort.
3 Pauline Newman, Un romancier périgourdin, Eugène
Le Roy, Nouvelles éditions latines.
Auteur : Serge
Salon,
président de l’Institut de préparation à l’administration
générale de Paris.
Jean-Charles Savignac,
maître de conférences à l’Institut d’études
politiques de Paris.
Crédit
photos : Journal
du Périgord.

Eugène Le Roy
(1836-1907).
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Mais,
en revanche, peu connaissent Eugène Le Roy, fonctionnaire
de son état, dont la modeste carrière dans l’administration
des contributions indirectes a été émaillée
de nombreux avatars auxquels ses opinions républicaines
n’étaient pas totalement étrangères,
et dont l’œuvre littéraire est loin de se
limiter à celle qui a retenu particulièrement
l’attention du grand public et l’a, en quelque
sorte, révélé(2).
Il
faut bien reconnaître qu’il n’a pas pris, autant
que d’autres auteurs "régionalistes", comme
Frédéric Mistral, Alphonse Daudet, René Bazin,
Erkmann-Chatrian…, une place importante dans l’histoire
de la littérature française. Le petit Larousse ne le
mentionne pas. Pourtant, les éloges ne lui ont pas manqué.
Ils sont venus d’Alphonse Daudet pour qui Le Moulin du Frau était « un
livre de raison incomparable, comme chaque province devait en avoir
un »(3), mais aussi d’Émile Faguet, qui qualifiait
l’auteur de "Balzac périgourdin" et même
de Frédéric Mistral à propos de Jacqou le Croquant.
Si cet enthousiasme n’a pas persisté cela vient donc,
non pas d’un manque de talent, mais plutôt du caractère
d’Eugène Le Roy qui dédaignait la célébrité et
les distinctions au point de refuser, par fidélité à ses
principes, la croix de la Légion d’honneur que voulait
lui faire attribuer le ministre de l’Instruction publique et
des Beaux arts.
Il
n’est pas interdit de penser que la distance prise par le grand
public à l’égard de l’œuvre d’Eugène
Le Roy peut s’expliquer aussi par la noirceur des récits
inspirés par le particularisme de la société périgourdine
au XIXe siècle. Il décrit, en effet, une société figée,
restée en retrait de l’évolution générale
de la société française, composée en
majorité de ruraux pauvres, pour la plupart métayers,
fermiers ou journaliers, bûcherons ou charbonniers, généralement
illettrés et ne parlant ni ne comprenant le français,
vivant dans le respect des nobles et des prêtres. Dans un rapport
publié en 1898, dans Le Journal de l’évangélisation,
Louis Dupin de Saint-André, pasteur de l’église
réformée, écrivait que la petite commune de
Coulaures, peuplée de 1300 habitants, comptait à elle
seule six châteaux, les châtelains étant, en grande
partie, les maîtres du pays. « Les paysans se courbent
devant eux servilement et quand ils ont dit "les nobles" ils
ont tout dit. Or, ces châtelains sont fortement attachés à leur
religion et se servent de toute leur influence pour empêcher
les progrès de l’Évangile », c’est-à-dire
le développement du culte protestant. Cette action était
aussi, évidemment, celle du curé du village dont le
même chroniqueur rapporte, qu’à la même époque,
il déclarait en chaire que les protestants adoraient le diable,
ce que les fidèles ne mettaient pas en doute.
Bien avant la
fin du siècle, Eugène Le Roy avait déjà dénoncé cette
emprise, particulièrement forte sur les femmes, dans une de
ses œuvres majeures, L’Ennemi de la mort, en montrant
par des exemples les excès que cette emprise pouvait engendrer.
Les œuvres
d’Eugène Le Roy dépeignent donc une réalité faite
de tristesse et de malheur, de désespérance et de résignation,
d’impuissance à conjurer le sort contraire, à vaincre
la souffrance, une réalité qui ne laisse aucune place
au rêve et au merveilleux, au bonheur ou au plaisir, qui rendent
plus attrayante une œuvre littéraire.
De là à dire,
comme le fait Pauline Newman, que : « la valeur d’actualité d’Eugène
Le Roy est presque négligeable » est excessif. En effet,
sa carrière est intéressante dans la mesure où elle
permet d’établir une comparaison entre l’état
de la fonction publique à son époque et aujourd’hui
et de constater, ainsi, que si des changements profonds sont intervenus,
qu’il importe de pérenniser, il existe des similitudes
qui prêtent à réflexion.
Par ailleurs,
certaines opinions exprimées par Eugène Le Roy, certaines
règles de vie préconisées et mises par lui en
pratique, jugées alors dangereuses pour la société ou
scandaleuses, font encore débat alors même qu’elles
ont été consacrées par le droit ou sont assez
largement répandues. Enfin, tous les maux dont souffrait la
société décrite par Eugène Le Roy n’ont
pas disparu et, face à certains phénomènes persistants
ou émergents, se référer à cet auteur
peut donner un éclairage utile aux réflexions que suscitent
ces phénomènes. |
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