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Histoire,
Culture, Traditions
> Histoire > Antoine
de Tounens |
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Antoine
de Tounens
Communication
publiée par Guy Penaud
dans Le
Journal du Périgord de
janvier 2006
Le
seul roi périgourdin !
Orélie-Antoine de Tounens, enfant
d’une famille de fermiers, est né le 12 mai 1825
au hameau de la Cheyze, à Chourgnac-d’Ans. Après
avoir suivi des études de droit, en 1851, il a fait l’acquisition
d’une charge d’avoué, rue Hiéras (aujourd’hui
rue de la République) à Périgueux. Très
tôt, il a nourri l’illusion de son appartenance à la
classe nobiliaire ; qu’à cela ne tienne, il obtiendra
de la Cour impériale de Bordeaux le droit de faire précéder
son patronyme d’une particule. Il a nourri également
des ambitions que sa profession ne suffisait plus à contenter.
Peut-être est-ce la lecture du poème épique "La
Araucana" du conquistador Alonso de Ercilla (traduit par
Voltaire) qui révéla à Tounens son royal
destin. Ce poème fut écrit à la gloire des
Mapuches (rebaptisés Araucans par les Espagnols), peuple
fier et insoumis qui avait repoussé les Incas au XVe siècle,
réussi à contenir les assauts des envahisseurs
espagnols du XVIe au XIXe siècle, avant de s’incliner
face à l’armée de la nouvelle République
du Chili. Les Mapuches vivaient en clans épars, ne se
réunissant sous l’autorité d’un chef,
le toqui, qu’en période de conflit. Dans l’esprit
de Tounens, il ne manquait à ce peuple qu’un souverain;
seul contre tous, il se fera donc fort d’aller se faire élire
roi de Patagonie et d’Araucanie par ses futurs sujets.
En 1857, Tounens
vendit sa charge d’avoué. La même année,
il se fit initier franc-maçon à la loge de Périgueux.
L’année suivante, après avoir obtenu le grade
maçonnique de maître, il s’embarqua pour le
Chili et débarqua à Coquimbo (port de La Serena à 400
km au nord de Santiago) le 22 août 1858. Là, il
entreprit la rédaction de la Constitution de son futur
royaume. Ce n’est qu’en 1860 qu’il foulera
la terre araucane, alors que l’armée chilienne était
sur le point de réduire la résistance mapuche.
C’est à ce moment qu’Orélie-Antoine
de Tounens entra dans l’Histoire, favorisé par un
concours de circonstances.
Tounens
s’enfonça en effet dans la brèche que lui ouvrit
le cacique (chef de clan) Quillapán, qui le présenta à ses
frères comme le sauveur qui marcherait à leur tête
pour repousser l’envahisseur.
Après
un discours enflammé sur les bienaits de la monarchie, Tounens
s’intronisa roi de Patagonie et d’Araucanie, avec l’assentiment
du parterre mapuche. Il signa dans la foulée le décret
d’application de la Constitution. Il nomma également
des ministres (fantoches pour la plupart), frappa une monnaie,
choisit ses couleurs (bleu, blanc vert horizontal), proclama une
devise royale (Justice et Paix), annexa des territoires et assomma
ses sujets de promesses sur la grandeur future de leur nouveau
royaume. |
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Antoine de Tounes (1825-1878)
après son premier séjour au Chili

Arrestation d’Orélie
Ier,
roi d’Araucanie

Antoine de Tounnes avant son
départ pour l’Amérique du Sud
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En
fait de promesses, les Mapuches attendaient surtout des armes et
un chef capable de les mener à la victoire. Fort de ce premier
succès, Orélie-Antoine Ier endossa alors les vestes
de chef de la diplomatie, ministre de l’Économie et
chargé des relations publiques. De Valparaíso, il
annonça son récent avènement aux organes de
presse du Chili, d’Argentine et de sa région natale.
Il sollicita même le soutien de la France pour financer le
développement de l’exploitation minière et
agricole de son royaume, ainsi que pour ouvrir une ligne de vapeurs
entre Bordeaux et l’Araucanie. Ses démarches ne suscitèrent
que des commentaires sarcastiques…
Quelques mois plus tard, Tounens
regagna ses terres. Les finances royales étaient exsangues,
les man uvres diplomatiques n’avaient abouti à rien,
mais Tounens trouva toutefois l’énergie pour rassembler
ses partisans. Manifestement, il savait trouver les mots pour galvaniser
ses troupes, à tel point que les autorités chiliennes
commencèrent à prendre ombrage des gesticulations
du trublion français. Le 5 janvier 1862, Orélie-Antoine
Ier fut interpellé puis incarcéré. Dans un
premier temps, il fut condamné à mort comme un simple
criminel; sa peine sera commuée en emprisonnement à perpétuité pour
folie. Enfermé plus de neuf mois dans son cachot, il tombera
gravement malade et perdra sa chevelure de "sauveur",
mais il trouvera le temps de rédiger l’ordre de succession
au trône. Sur l’intervention de Cazotte, Consul général
de France au Chili, il fut libéré (non sans avoir été contraint
de renoncer au trône) puis rapatrié en France, en
octobre 1862.
En exil à Paris, le roi déchu lança une souscription
nationale afin de restaurer la monarchie patagone ; l’appel
resta sans écho. Même ses frères francs-maçons
l’abandonnèrent. Il quitta alors avec fracas la franc-maçonnerie
et demanda, le 15 juillet 1867, au pape Pie IX de le relever de
l’excommunication. Une fois encore, ce fut une famille de
fermiers périgourdins, sa famille, qui sera un peu malgré elle
le bailleur de fonds exclusif du royaume de Patagonie et d’Araucanie.
Orélie-Antoine Ier retrouva son territoire en 1871. Après
avoir traversé la steppe patagone, il fut reconnu par les
Araucans. Mais, il n’était pas sauf pour autant; les
Mapuches lui rappelèrent qu’ils n’avaient toujours
pas les armes qui les aideraient à lutter efficacement contre
l’ennemi chilien et le menacèrent de mort s’il
ne tenait pas ses engagements. Tounens leur annonça qu’un
navire de guerre français chargé d’armes et
de munitions les attendait sur la côte Pacifique. Cette petite "pirouette" lui
donna quelques jours de répit, au bout desquels il dut,
précipitamment, quitter son royaume; il rentra en France,
via Buenos Aires, en 1871.
Le roi essaiera de regagner son royaume à plusieurs
reprises. En 1874, il débarqua à Buenos Aires sous
une fausse identité et déguisé. Il fut malgré tout
reconnu par un colonel argentin qui l’avait rencontré en
1871. Après une courte période d’emprisonnement,
il fut renvoyé en France sur l’intervention de l’Ambassade
de France à Buenos Aires. En 1876, sa dernière tentative
de retour faillit lui coûter la vie. Rongé par la
pauvreté et de graves problèmes de santé,
il fut laissé pour mort sur un trottoir de Buenos Aires;
il sera recueilli, puis opéré sur place avant d’être
rapatrié en France, pour la dernière fois. Affaibli
physiquement, meurtri dans l’âme, il se retira à Tourtoirac
chez son neveu Jean, seul parent qui ne lui en veuille pas d’avoir
ruiné sa famille.
Abandonné de tous, le roi
déchu s’est éteint le 17 septembre 1878. Aujourd’hui
encore, sur une simple tombe du cimetière de Tourtoirac
figure cette mention : "Ci-gît Orélie-Antoine
Ier, roi de Patagonie décédé le 17 septembre
1878". Sobre épitaphe pour le seul roi périgordin!
Auteur : Guy
Penaud, historien ayant publié depuis une trentaine
d'années de nombreux ouvrages sur l'histoire du Périgord
et sur la vie des Périgordins.
— Contact : penaud.guy@wanadoo.fr
Crédit
photos : Coll.
A. D. Dordogne, Coll. Iconothèque de la S.H.A.P, Guy Penaud. |
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