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La
vie des gabariers
Les gabariers n’étaient
pas en général des gens faciles. Ils menaient une
vie dangereuse nécessitant du courage, mais aussi beaucoup
d’adresse. Peut-être est-ce pour cela qu’ils
avaient le sentiment d’une certaine supériorité sur
les terriens ? Ils affirmaient d’ailleurs avec plaisir : «Si
vilain sur terre, seigneur sur l’eau je suis ». Lorsqu’ils
ne naviguaient pas, ils travaillaient comme pêcheurs, bûcherons
ou participaient à la construction de leurs embarcations,
refusant les travaux agricoles, même en été,
lorsque l’étiage interdisait toute navigation..
Les
descentes en gabares étaient en effet très périlleuses
car il y avait en Haute et Moyenne-Dordogne beaucoup de passages
dangereux que les gabariers appelaient «malpas» (mauvais
passages) : des «rajols» (rapides), des «platans» (rochers
dont une partie se trouve sous l’eau et qui provoquent
des tourbillons), des «palas» (bancs rocheux), des «meilhes» (contre-courants),
des «guerlous» (bras où la rivière
se resserre), des «maigres» (passages étroits
pouvant provoquer l’échouage sur les graviers),
sans parler des falaises, des îles et des radiers ainsi
que des piles de pont et des pêcheries (digues).
De
ce fait, il y avait inévitablement beaucoup d'accidents.
De plus, les gabares étaient tellement chargées
qu'elles n'étaient pas facilement manœuvrables. Pour
s’aider, les «floutayris» (matelots) utilisaient
l’«astre» (longue perche) avec laquelle ils
pouvaient dégager leur bateau lorsqu’il s’était
engravé ou bien l’éloigner des rochers menaçants.
Autant dire qu’ils devaient savoir tenir ferme le «gober» (gouvernail)
et les rames. Suivant les situations, les gabariers devaient «tener
drech» (tenir droit la gabare), «couajar» (godiller), «sarrar» (serrer), «cachar» (appuyer)
et «tirar» (ramer). En raison de tous ces dangers,
on ne pouvait pas devenir gabarier avant l’âge de
15 ans.
La
veille du grand départ, une messe spéciale était
dite au pied de la croix des gabariers, à Argentat, messe
au cours de laquelle on bénissait les valeureux équipages
qui avaient attendu l'arrivée de la crue qui les porterait
jusqu’à Bergerac ou Bordeaux. Le lendemain, des grappes
de courpet (une dizaine, parfois plus, parfois moins), espacées
d'une soixantaine de mètres, s'élançaient
vers une périlleuse aventure. Les accidents n'étaient
pas rares, certains même mortels. Pour se donner du courage,
les équipages chantaient, paraît-il, au passage des «malpas»,
tout en assurant des manœuvres difficiles.
L’équipage — payé par
le propriétaire du bateau — était composé de
trois à cinq personnes et chacun avait un poste attitré :
le capitaine occupait la place à l’arrière
du bateau, en hauteur, ce qui lui permettait d'observer
par-dessus le chargement et de gouverner avec plus d’aisance
; à l’avant, se trouvaient les rameurs, au nombre
de deux. Il s’agissait là d’un équipage
minimum car on pouvait également trouver une quatrième
personne chargée d’écoper, et une cinquième
qui devait dégager le bateau des rochers et autres obstacles.
Certaines embarcations pouvaient avancer à l'aide d'une
voile, ce qui était particulièrement utile en Basse-Dordogne.
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La
dernière gabare en service
sur la Dordogne,
le «Jean-Georgette»
de
Henri Gonthier
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Sources
:
- Les gabares de Dordogne, Félix
Chioca, Éditions Sud Ouest, Bordeaux, 2004.
- Le Canal de Lalinde, Frédéric Gontier, Éditions "Les
Pesqueyroux", 2004.
- Dordogne Périgord, Yan Laborie, Éditions Bonneton, Paris, 2004.
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