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La
navigabilité
sur la Dordogne
Autrefois
fougueuse et impétueuse, la Dordogne est aujourd'hui domptée
par un escalier de barrages et de lacs.
Voici les
barrages qui régulent aujourd’hui son niveau :
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En Haute-Dordogne : Bort-les-Orgues (1952), Marèges (1937),
l’Aigle (1945), le Sablier (1958), Chastang (1951).
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En Moyenne-Dordogne : Tuilières (1908), Bergerac La Salvette
(1850), Mauzac (1843).
Avant
la construction de telles réalisations, l'eau était
torrentueuse en hiver, presque à sec en été.
Les principaux moments de l'année où on pouvait naviguer
en gabares correspondaient donc aux crues d'automne et de printemps.
Pour reprendre l’expression des gabariers, la rivière était
alors «marchande» ou «de voyage» puisque
le niveau des eaux permettait aux bateaux de descendre son cours.
On disait que la Dordogne était navigable à partir
de Spontours, et flottable à partir de Bort-les-Orgues.
Le
cours de la Dordogne offre une succession de faciès bien
marqués tout au long des 340 km exploitables par la batellerie
ce qui permet de distinguer 3 sections bien distinctes : Haute,
Moyenne et Basse Dordogne.
– La Haute-Dordogne (en amont de Souillac). Sur cette
portion, la navigation s’effectuait pendant un à deux mois maximum
(27 jours en moyenne d'après une statistique établie entre 1878 et 1897), uniquement
aux périodes de crues : quand les eaux étaient gonflées
par la fonte des neiges, à la fin du printemps, ou lors des pluies du
début de l’automne, mettant fin aux sécheresses estivales.
En été, le tirant d’eau n'était que d’une trentaine
de centimètres.
Sur cette portion les pièges étaient nombreux :
Depuis Bort jusqu'aux eaux plus calmes en aval de Beaulieu, le parcours s'élançait
sur une centaine de kilomètres dont quatre-vingts particulièrement
difficiles, la rivière n'étant bien souvent qu'un étroit
ruban d'eau encaissé. De Bort à Argentat – la portion la
plus difficile – on
ne comptait pas moins d'une soixantaine de passages dangereux ou malpas, presque
un par kilomètre.
De Vernéjoux à Saint-Projet-du-Désert, la rivière
coulait ainsi pendant plusieurs kilomètres entre de hautes falaises escarpées,
avec des rapides qui se succédaient sur un lit semé de rochers
entre lesquels il fallait naviguer.
En aval de Spontour, divers malpas dont l'un des plus dangereux, la Despouille,
que les gabariers n'abordaient pas sans se signer. Cinq violents rapides parsemés
de rochers s'y succédaient sur près d'un kilomètre. Il fallait
toute la puissance du long aviron de queue, manié alors par deux ou trois
hommes, pour éviter les écueils. L'un de ces rochers, particulièrement énorme était
surmonté d'une croix de fer. Chaque fois, les bateaux le frôlaient,
lancés à pleine vitesse.
– La Moyenne-Dordogne (en aval de Souillac) où les eaux étaient navigables
6 à 8 mois, pendant lesquels des bateaux de
80 tonneaux étaient employés à pleine charge jusqu'à Tuilières.
En été, la profondeur de l’eau s’abaissait à moins
de 50 centimètres (rapides de Prigonrieux, de Gardonne, du pont de la
Bauze près de Sainte-Foy, de Pessac et de Civrac) obligeant les équipages à transborder
une partie de leurs cargaisons dans des «allèges» (des embarcations
de faibles tonnages prévues pour franchir les «maigres»).
Plus en amont, de Mauzac à Tuilières, les pièges étaient
nombreux : citons tout d’abord le haut fond de la pêcherie de Mauzac,
puis La Gagezie, un «maigre» où la tire, c’est-à-dire
ceux qui halent le bateau, passe de la rive droite à la rive gauche.
Ce sont ensuite la barre de rochers de la maison Loubas et un nouveau «maigre»,
le raz de Villeneuve, 700 mètres en aval du port de Badefols. Viennent
enfin le Grand Thoret (un haut fond de rochers sur plus de 1100 mètres),
le saut de la Gratusse (qui nécessite de franchir en quinze secondes
une chute de 1,30 mètre dans un étroit chenal de cent mètres
encadré de hauts rochers qui, en période de sécheresse,
s’élèvent à 0,50 mètres au-dessus de l’eau),
le passage des Carabines et le rapide des Pesqueyroux, étroit chenal
de 570 mètres de long sur 10 mètres de large, où la pente
atteint 3,25 mètres.
– La Basse-Dordogne (en aval de Castillon) où la
navigation était
quasiment permanente. Toutefois, de Castillon au Bec d’Ambès,
les bateliers devaient affronter les pièges du courant et du
mascaret, cette longue vague déferlante pouvant atteindre un mètre à la
marée montante, lorsque se rencontrent le flux et le reflux.
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La
dordogne au cingle de Trémolat
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LA
DURÉE DES VOYAGES
En
descente, les bateaux effectuaient 27 km/jour entre Souillac
et Bergerac, 31 km/jour à l'aval, en période
d'étiage moyen. À la remonte, il fallait compter
19 km/jour jusqu'à Bergerac et 14 km/jour au-delà.
8 à 10 jours étaient donc nécessaires
pour aller et venir de Bordeaux à Bergerac, sans compter
les temps de chargement et déchargement. Entre Le
Lardin et Limeuil, il fallait 3 jours à la descente,
et 8 jours à la montée, pour une soixantaine
de km.
D'après
le
témoignage du dernier gabarier sur la Dordogne,
Henri Gonthier, on ne pouvait effectuer, en période
de navigation et au temps de la voile et du halage, qu'un
seul aller-retour par mois entre Port-de-Couze et Bordeaux.
Au début du XXe, grâce à la motorisation,
le nombre des voyages passa à deux ou trois par
mois.
Sources
:
- Les gabares de Dordogne, Félix
Chioca, Éditions Sud Ouest, Bordeaux, 2004.
- Le Canal de Lalinde, Frédéric Gontier, Éditions "Les
Pesqueyroux", 2004.
- Dordogne Périgord, Yan Laborie, Éditions Bonneton, Paris, 2004.
- Atlas de la Dordogne-Périgord de Patrick Ranoux, Publié à compte
d'auteur, Saunard, 24110 Montrem, 1996.
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