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Histoire,
Culture, Traditions
> Histoire > L'internement
des "Indésirables Français” au Sablou |
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L’internement
des “Indésirables Français”
au château du Sablou
Polémique
autour d'une plaque commémorative |
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Sources
:
28 Anne-Marie Siméon, “ Sur
un monument méconnu ” in
Les cahiers de Vésone, n° 2, Éditions Pierre Fanlac, Périgueux,
1997, pp. 78-82 |
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Le
22 avril 1990 au matin, en présence d’André Moine,
Raymond Bouquet et André Marcillaud, anciens “Sablousards”;
de Gaston Plissonnier, membre du bureau politique du PC; de Madeleine
Quéré, fille aînée de Jean Gatinel, boulanger
communiste de Montignac; de Denise Peyramaure, fille d’Alfred Chaumel;
et d’une nombreuse assistance, une stèle commémorative érigée
non loin du Sablou est inaugurée. Madeleine Quéré est à l’origine
de cette initiative, relatée par le détail dans l’édition
du 18 avril 1990 du journal L’Humanité, sous le titre: “L’oubli
vaincu”. Le monument commémoratif en question est dressé à l’angle
des routes de Biars et de Fan-lac, au pied du château du Sablou.
Sur la plaque gravée, on peut lire ceci : « L’année
1940 au camp du Sablou. Il y a 50 ans, du 17 janvier au 31 décembre
1940, au château du Sablou est ouvert un camp d’internement
surveillé où 320 communistes syndicalistes militants qualifiés
indésirables et dangereux sont internés par les gouvernements
français puis de Vichy. La plupart seront déportés
en Afrique du Nord. Comme Jacquou, ils résistaient à l’asservissement
et défendaient notre honneur et notre liberté. N’oublions
jamais. Demeurons vigilants. Monument érigé le 22 avril
par les témoins, les familles et les amis ».
Le texte de cette stèle a fait
l’objet d’une vive polémique, portant sur trois
points. La première pierre d’achoppement relève
de la querelle sémantique. La qualité de “déportés
politiques” est contestée aux internés du Sablou
au motif que l’expression désigne – selon les
termes du statut de déportés politiques institué par
la loi de 1948 (28) – les personnes « transférées
et internées par l’ennemi dans des prisons ou camps
de concentration hors du territoire national (…) dans tous
autres territoires exclusivement administrés par l’ennemi
(…) ou emmenées par l’ennemi vers une prison
ou un camp de concentration, décédées ou évadées
au cours du trajet ». Or le Centre de séjour surveillé du
Sablou se trouve en France, en zone libre; et le camp de Djelfa,
en Algérie française… Et c’est l’État
français qui décida de la “transportation” en
Afrique du Nord. La deuxième remarque tient au fait que seuls
les “communistes syndicalistes militants” sont mentionnés.
Or, nous l’avons vu, des dizaines d’autonomistes alsaciens
et lorrains, basrhinois et luxembourgeois sont, eux aussi, assignés
au Sablou. En effet, on peut estimer à environ 20 % le nombre
des internés issus du Nord-Est de la France et du Luxembourg.
Tous ne sont pas communistes. Quant aux Tsiganes, bien que très
minoritaires au Sablou, eux aussi méritent d’être
cités. Rappelons à ce propos qu’au procès
de Nuremberg, aucune mention des victimes tsiganes n’a été faite,
alors que 260000 d’entre elles – sur les quelque 750000
vivant en Europe en 1939 – ont été exterminés
par les nazis et leurs alliés.
La troisième et dernière
objection tient à l’emploi du verbe “résister” et
au statut autoproclamé de résistant qu’il sous-tend.
En 1997, la journaliste et écrivain Anne-Marie Siméon,
sous le pseudonyme de “Jacquou”, signait un article dans
lequel elle avançait le fait que «les hommes internés
au Sablou ne l’ont pas été pour faits de résistance – comment
cela aurait-il été possible en janvier 1940? – mais
tout simplement parce qu’ils appartenaient de près ou
de loin au Parti communiste français qui soutenait Staline.
Et n’est-ce pas d’ailleurs suffisant pour s’en
offusquer au nom de la liberté d’opinion et de pensée?
Pourquoi en rajouter, pourquoi tenter l’amalgame entre militantisme
communiste et résistance ? Si une plaque de marbre ne peut être
aussi complète qu’un livre d’histoire, elle est
en revanche plus accessible, plantée là, au bord d’une
route, lisible par tous aujourd’hui et demain. Il est donc
préférable d’en peser les mots en évitant
de jouer avec ». (28) La remarque est pertinente. Si la
qualité de “résistants” ne
peut être contestée aux communistes, elle ne vaut pas
pour 1940 mais pour la suite des événements au cours
desquels les communistes ont eu une part décisive dans l’engagement
contre l’occupant nazi. Reste que, sauf exceptions et signes
annonciateurs au printemps 1941, on ne peut pas parler d’entrée
en “résistance” du PCF contre l’occupant
nazi, entrée en résistance qui fut explicitement revendiquée
après le 22 juin 1941, date de l’agression allemande
contre l’Union soviétique. De plus, à l’échelle
décisive, celle de l’organisation et de la coordination
des réseaux, les choses ne se firent que très progressivement:
c’est principalement après l’invasion de la zone
Sud (novembre 1942) et plus précisément à partir
du 16 février 1943 que s’affirme le refus du STO (Service
du travail obligatoire) grâce auquel ces réseaux, puis
les maquis, seront alimentés en hommes jeunes et déterminés.
Les forces de la Résistance FTPF (Francs-tireurs et partisans
français), et dans une moindre mesure celles de l’AS
(Armée secrète) et de l’ORA (Organisation de
la résistance de l’armée), voient ainsi leurs
effectifs décupler: dès lors, on peut tout à fait
légitimement parler de “résistance à l’asservissement” et
de “défense de notre honneur et notre liberté”.
Quoi qu’il en soit, les “indésirables
Français” du centre de séjour surveillé du
château du Sablou et des camps d’Afrique du Nord, communistes
et syndicalistes – mais aussi Alsaciens, Lorrains, Luxembourgeois
et Tsiganes – ont tout à fait leur place aux côtés
d’autres “oubliés de l’Histoire” (Polonais,
homosexuels, témoins de Jéhovah…). Tous méritent
le respect, au-delà de toute récupération partisane
et de tout procès d’intention. |
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