Dordogne Périgord : Hébergements de vacances en Dordogne Périgord (hotel, camping, gite, chambre d'hotes)
RECHERCHE :  
Site internet professionnel à moindre frais
  .: La Dordogne
    Infos générales
Les 557 communes
Situation générale
Carte touristique
Découpage administratif
  .: Nos Rubriques
    Hébergements de vacances
Sites touristiques
Activités et loisirs
Vignobles
Gastronomie
Artisanat
  .: Nos Dossiers
    Etapes Gourmandes
 La Dordogne en vidéo
 Visites virtuelles (360°)
 La Dordogne en ballon
La Dordogne vue du ciel
Châteaux en Dordogne
Bastides en Périgord
Périgourdins célèbres
Villes et villages
Vignoble Bergeracois
Les Eyzies et la Préhistoire
Truffe du Périgord
Noix du Périgord
Batellerie sur la Dordogne
Faune du Périgord
Le Camp du Sablou
Eugène Le Roy
  .: Notre Sélection
    Hébergements
Tourisme
Loisirs
Gastronomie
Divers
  CDT
  Club hotelier du Pays de Sarlat
  .: Outils
    Météo
Devenir adhérent
Quelques liens
Qui sommes-nous ?
Nous contacter
Crédits
Droits d'auteur
Responsabilité
Accueil
Découvrez notre partenaire : Pays des Bastides

ACCÈS ADHÉRENTS
Identifiant :
Mot de passe :

 
Dordogne-Perigord.com :
Périgueux, Bergerac, Sarlat, Nontron, Brantôme, Thiviers, Excideuil, Ribérac, Hautefort, Montpon-Ménestérol, Saint-Astier, Mussidan, Vergt, Terrasson, Thenon, Montignac, Le Bugue, Issigeac, Beaumont du Périgord, Sigoulès, Eymet, Monpazier, Lalinde, Les Eyzies, Le Buisson de Cadouin, Monbazillac, Montignac, Beynac, La Roque Gageac, Domme, Saint-Cyprien, Belvès, Villefranche du Périgord...
   
  Une réalisation Création Lambert
   
  Histoire, Culture, Traditions > Histoire > L'internement des "Indésirables Français” au Sablou
  L’internement
des “Indésirables Français”
au château du Sablou

La population pénitentiaire

Ce camp est principalement “réservé aux communistes français et aux Alsaciens autonomistes” (6), indique le chef d’état-major de la 12e région militaire, à Limoges. Le préfet de la Dordogne précise que sont internés au Sablou “les Indésirables Français des 9e et 12e régions militaires [Poitiers et Limoges]”.

Le Sablou

Le 4 février 1941, le colonel Blasselle (7), commandant militaire à Périgueux, établit la liste nominative des internés par arrêté du préfet de la Dordogne. 33 “indésirables” sont cités. Sur le nombre, il y a 25 communistes (76 %). Parmi eux Maurice Sentuc, dont l’évasion est signalée le 5 novembre 1940. Une note des Renseignements généraux de Périgueux, du 29 avril 1943, donne une idée de l’ampleur des mesures de répression qui, en Dordogne, ont touché les communistes : « Après la dissolution du parti communiste en septembre 1939, son activité se trouve paralysée à la suite des mesures suivantes : les dirigeants et militants les plus en vue sont internés au centre de séjour surveillé au Château du Sablou (environ 24) ; d’autres sont affectés à des compagnies spéciales, certains militants actifs, employés de la SNCF, sont déplacés ».(8).

 
  .: Au Sommaire
  A Introduction
A Le camp du Sablou
A Le commandement
A La population pénitentiaire
A Gros plan sur 18 Périgordins
A L’état d’esprit des internés
A La solidarité s'organise
A Relations avec l'extérieur
A Visite de la commission allemande Kundt
A Mise en place progressive de “mesures de bienveillance”
A Fermeture du camp et transfert des internés
A Devenir du Sablou et de ses "indésirables"
A Polémique autour d'une plaque commémorative
A Situation du Parti communiste français en septembre 1939

 
Le Sablou
Quelques internés
au camp du Sablou

Pour ce qui est des “Alsaciens autonomistes”, un rapport du 16 juillet 1940 émanant des commissaires spéciaux Montabre et Mann, de Périgueux, signale la présence de 21 “réfugiés d’Alsace-Lorraine internés au château du Sablou”, qui tous expriment le désir de retourner chez eux et se disent prêts à subir le sort de leur pays. Se trouve parmi eux l’inspecteur des douanes allemandes en retraite Émile Fanger, qui “possède la nationalité allemande”. Lothar Kubel, quant à lui, “désire redevenir Allemand”. René Schwob, Charles Walter et Albert Baumgartner souhaitent devenir Allemand. Aloïs Barth “autonomiste (…) demande à retourner en Alsace et devenir Allemand plutôt que de rester citoyen français”. Émile Laplume et Pierre Oberweis (71 ans), de nationalité luxembourgeoise, demandent à retourner dans leur pays. Rodolphe Badermann, dentiste du Bas-Rhin, “demande à rester Français et si l’Alsace redevient allemande, à retourner en Amérique”. Alfred Daul, “ex-député du Parti communiste du Bas-Rhin, démissionnaire du Groupe ouvrier et paysan français (9) (…) demande à rester Français, et dans le cas où l’Alsace redeviendra allemande, il décidera”.(10) Un nombre significatif de ces réfugiés est encore présent au Sablou le 9 août 1940. L’un d’eux, Otto Baron, a déjà été jugé et condamné à cinq ans de prison pour “propos anti-français”. Les autres internés le sont en qualité de “suspects au point de vue national”, pour avoir tenu des “propos communistes, antinationaux, autonomistes, défaitistes et anti-français”, ou encore pour avoir nourri des “sentiments anti-français”.
Parmi les internés du Sablou se trouvent quelques militaires démobilisés issus des “compagnies spéciales de travailleurs militaires”. Dans ces compagnies avaient été versés les radiés d’affectation spéciale, mobilisés à l’arrière pour participer à l’effort de guerre. Dans son étude sur La France des Camps, l’historien Denis Peschanski explique que ce sont le plus souvent des militants communistes et syndicalistes qui ont suscité un mouvement de revendication ou qui sont suspectés d’en avoir l’intention. « Démobilisés en juillet 1940, ces hommes furent transférés dans des centres de séjour surveillé. Beaucoup se retrouvèrent à Fort-Barraux [Isère] ».(11) Concernant la démobilisation de ces compagnies, consécutivement à l’armistice, le général de corps d’armée Frère rappelle, dans une note de service du 5 août 1940, que les militaires français affectés à ces compagnies « doivent faire l’objet d’un examen de leur situation par un commissaire spécial en accord avec les préfets. Ceux qui, à la suite de cet examen, seront classés comme suspects ou dangereux seront démobilisés, mais immédiatement dirigés sous escorte sur le camp du Château du Sablou (Dordogne) où ils seront internés comme civils ».(12)
Cinq militaires démobilisés sont concernés par cette mesure : Louis Gautrand, Ernest Coste, Amico, Persicol et Sauveur Sola. Gautrand (13), instituteur originaire de l’Hérault, rapporte : « Au Sablou, l’arrivée des cinq militaires en uniforme parmi les civils “surveillés” fit sensation. L’armée française était en déroute… Les pourparlers d’armistice à la veille d’être engagés… On nous prit d’abord pour des déserteurs ! Mais je reconnus plusieurs camarades, notamment Marc Dupuy de la Fédération des Cheminots, Louis Bouet de la Fédération de l’Enseignement, directeur de L’École Émancipée… Il y avait de tout dans ce centre : des anarchistes, des trotskistes, des syndicalistes purs, des socialistes… mais les communistes étaient les plus nombreux ».(14)
Au nombre des “indésirables” internés au Sablou, se trouvent cinq Tsiganes. L’article Ier du décret du 6 avril 1940 stipule que « la circulation des nomades est interdite sur l’ensemble du territoire métropolitain pour la durée de la guerre ». Soupçonnés d’espionnage, les Tsiganes d’Alsace-Lorraine sont les premières victimes de l’Occupant qui, dès juillet 1940, les expulse vers la zone libre. Ils sont progressivement internés dans les camps d’Argelès-sur-Mer, Barcarès et Rivesaltes, avant d’être transférés en novembre 1942 sur le camp de Saliers (Bouches-du-Rhône), camp spécialement créé par le gouvernement de Vichy pour l’internement des Tsiganes. En Dordogne, pour l’année 1940, le “Camp de Fanlac” (Château du Sablou) est désigné pour l’internement des Tsiganes, également appelés “Bohémiens”. Les hommes y sont assignés à résidence, sur ordre du préfet, tandis que roulottes, femmes et enfants sont cachés dans la forêt alentour. Au château, ils se rendent utiles aux cuisines, sculptent des cannes, tressent des paniers que, par humanité, des sympathisants communistes s’efforcent de vendre dans les villages voisins afin de leur procurer un moyen de subsistance. Musiciens, leurs violons les accompagnent. Sur une liste dressée le 10 octobre par le capitaine Daguet, on trouve les noms de Joseph Lagrenée, Wilhem Lagrenée et Johan Lagrenée, tous trois signalés comme “musiciens ambulants sans domicile fixe”.
L’absence de registres d’écrou ne facilite pas l’établissement d’une typologie précise de la population carcérale. Selon Madeleine Quéré (15) les registres auraient été volontairement brûlés par le capitaine Saule, au mois de juin 1940, peu avant l’arrivée des Allemands, mais surtout afin d’éviter qu’ils ne tombent entre les mains des communistes. Ceux-ci avaient en effet de bonnes raisons d’en vouloir au capitaine Saule dont le commandement avait été d’une grande brutalité et dont le mépris affiché à l’égard des communistes était total.
Le cas de Paul Kleinert, réfugié alsacien employé à la poudrerie de Bergerac et résidant à Mouleydier (Dordogne), constitue un autre exemple de l’usage qui était fait de l’internement administratif. Le 24 septembre 1940, Paul Kleinert écrit au préfet pour se plaindre de ne pas avoir été, “à ce jour et comme promis”, rapatrié sur Strasbourg. Il met également en avant le fait qu’il ne lui est plus possible de vivre avec les dix francs journaliers de l’aide aux réfugiés. Le 7 octobre 1940, le préfet de la Dordogne adresse une lettre au général commandant la 12e région militaire, résumant ainsi la situation : « Mécontent du retard apporté au rapatriement des Alsaciens réfugiés, Kleinert a adressé une lettre de protestation au sous-préfet de Bergerac dans laquelle il exprime son intention d’organiser à Mouleydier une manifestation placée sous la protection des autorités allemandes. Les intentions menaçantes de Kleinert se trouvent confirmées dans un rapport de gendarmerie où il est en outre indiqué que cet individu, animé d’un très mauvais esprit, est dangereux pour l’ordre public. J’estime dans ces conditions qu’il y a intérêt à le placer dans l’impossibilité de nuire jusqu’à ce que son rapatriement puisse être envisagé ». De fait, par arrêté du 7 octobre 1940, le préfet déclare Kleinert « astreint à résider dans le centre de séjour surveillé du Sablou où il sera immédiatement conduit (…) vu le décret du 18 novembre 1939 relatif aux mesures à prendre à l’égard des individus dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique ».


Sources :
6 Archives départementales de la Haute-Vienne (AD 87), 185 W 3/54.
7 Le colonel Blasselle s’est montré très zélé dans sa lutte contre les communistes et les “indésirables étrangers”, principalement Juifs. Par exemple, en juin 1941, il proposait au préfet la création d’un “ghetto rural” à leur intention. Voir l’excellente étude de Bernard Reviriego, Les Juifs en Dordogne – 1939-1944 – de l’accueil à la persécution, Éditions Fanlac, Périgueux, 2003.
8 AD 24, 1 W 1830.
9 Le Groupe paysan et ouvrier français (GOPF) est créé le 28 septembre 1939 et regroupe les membres de l’ex-Parti communiste français, dissous par décret le 26 septembre 1939.
10 AD 24, 3 X 30.
11 Denis Peschanski, La France des camps – L’internement, 1938-1946, Gallimard, Paris, 2002, pp. 162-163.
12 AD 87, 185 W 3/54.
13 Vers le 15 avril 1940, Louis Gautrand, instituteur à Aniane (Hérault), voit surgir dans sa classe un gendarme porteur d’un ordre de mobilisation pour une compagnie spéciale du camp de Larzac (Aveyron). Du Larzac, lui et sa compagnie sont conduits au château de Mongey (Tarn), puis, sur ordre du préfet de l’Hérault, transférés au centre de séjour surveillé du Château du Sablou.
14 André Moine, op. cit. p. 31.
15 En 1985, Madeleine Quéré a créé une association dont l’objet est d’officialiser la commémoration du cinquantenaire de l’ouverture du camp du Sablou et d’en matérialiser le souvenir par l’érection d’un monument qui a été inauguré le 22 avril 1990. À ses côtés, Mesdames Janine Pompier et Henriette Jan, Marcel Peyramaure et sa femme, Denise, qui n’est autre que la fille du “Sablousard” Alfred Chaumel, et Yves Bancon. Sincères remerciements à Madeleine Quéré pour son témoignage, ainsi que pour le prêt d’une partie de l’iconographie.

 


 
    © 2006 Création Lambert