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Histoire,
Culture, Traditions
> Histoire > L'internement
des "Indésirables Français” au Sablou |
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L’internement
des “Indésirables Français”
au château du Sablou
Le
commandement
Par
courrier en date du 1er février 1941, le préfet
du département de la Dordogne, Maurice Labarthe, adresse
au ministre de l’Intérieur quelques renseignements
: « au sujet des camps d’internés civils
français et étrangers de [son] département ».
On relève que : « le camp du Château du
Sablou (…) a été créé le
17 janvier 1940, par note n° 205/2 du Général
commandant la 19e Région ». Du 17 janvier au 20
juin 1940, le commandement est placé sous l’autorité du
capitaine Saule. De fin juin à début novembre,
le capitaine Daguet assure la direction du camp. Il est remplacé le
5 novembre par le commissaire spécial Antz qui commande
le camp jusqu’à sa fermeture, le 30 décembre
1940.
Sous
le commandement du capitaine Saule, le service de garde est
assuré par quatre sous-officiers, quatre brigadiers,
quarante hommes – des gardes mobiles ainsi que des tirailleurs
sénégalais. Interné au Sablou au mois
de mai, Alphonse Martin raconte comment le capitaine Saule,
voulant donner des leçons de patriotisme, brime et insulte
les détenus. André Moine, “ouvrier métallo” et
dirigeant communiste, brosse ce portrait du capitaine Saule
: « C’était un ancien officier de carrière,
il n’avait rien d’un tortionnaire, mais tout d’une
vieille culotte de peau ».(5)
Selon
Martin, le capitaine Daguet qui lui succède laisse un
meilleur souvenir : « Il semble ne vouloir tenir aucun
compte de l’opinion malveillante de son prédécesseur
en ce qui nous concerne. Il s’entretient avec les internés,
pose des questions, sur leur métier, leur famille, lit
la correspondance. En quelques jours sa conviction est définitivement
faite et un changement intervient. Plus d’appel du soir
dans les chambres, au garde-à-vous, plus de corvées,
hormis celles destinées à la cuisine, au ravitaillement
en eau potable et à l’entretien sanitaire des
locaux et du camp. Subsiste uniquement la cérémonie
des couleurs, sans appel sur les rangs. Sur sa demande, suite à une
réclamation des internés qui ne peuvent pas recevoir
de colis, il obtient de l’Intendance, repliée à Sarlat,
la fourniture de vêtements militaires. Des permissions
sont accordées aux internées originaires des
régions limitrophes ; un certain nombre de permissionnaires
ne rejoindront plus le Sablou sans que leur absence provoque
le moindre remous. Les malades dont l’état nécessite
des soins sont hospitalisés à Montignac, sur
la demande du capitaine Dague ».
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Quelques
internés
au camp du Sablou |
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Le personnel d’administration,
d’encadrement et de surveillance dont dispose l’autorité militaire
sous le commandement du capitaine Daguet, est réparti
en 3 parties. L’administration : 1 lieutenant-médecin,
1 sous-lieutenant qui a fonction d’adjoint au commandant,
1 adjudant-chef faisant fonction d’officier de détail,
3 sergents-chefs (comptabilité, ravitaillement, vaguemestre)
; l’encadrement et divers : 2 adjudants-chefs, 3 sous-officiers,
1 caporal d’ordinaire, 6 démobilisés
(chauffeur, palefreniers, téléphoniste…)
; la surveillance : un détachement du 41e régiment
d’infanterie, composé de 40 hommes (officiers
et gradés compris).
Jusqu’au
31 octobre 1940, la garde du camp est sous contrôle du ministère
de la Guerre. Le 30 octobre, le secrétaire d’état à l’Intérieur
fait savoir au préfet de la Dordogne que “l’Autorité militaire
ne pouvant plus se charger de la garde des centres de séjour
d’indésirables, cette surveillance incombera au Ministère
de l’Intérieur (Direction générale de la
Sûreté nationale) et qu’un Commissaire de Police
[sera] détaché”, conformément à la
loi du 17 novembre 1940 relative à la surveillance des camps.
Le commissaire spécial Antz est nommé à ce poste.
Le 6 novembre, il s’adresse au ministre de l’Intérieur
en ces termes : « J’ai l’honneur de vous rendre compte
qu’arrivé au Centre de séjour surveillé du
Sablou, le 31 octobre 1940, j’en ai pris la direction effective
hier, le 5 novembre 1940, à 10 heures ; le commandant militaire
qui m’a précédé, le capitaine Daguet, ayant
rejoint son corps. À l’appel effectué à la
dite heure, 243 surveillés étaient présents sur
un effectif de 273 internés, dont douze sont actuellement hospitalisés à Périgueux
ou dans d’autres établissements et un en permission régulière.
Il manque 18 surveillés dont l’évasion se serait
produite entre le 20 octobre et hier… ».
Le 8 novembre 1940, deux pelotons de gendarmerie sont envoyés au
Sablou pour en assurer la surveillance. Ils sont commandés par le
lieutenant Theret et viennent en remplacement du détachement du
41e RI qui assurait la garde jusqu’alors. Les conditions d’installation
sont précaires. Le commissaire Antz s’en ouvre au commandant
militaire de Périgueux : « L’installation des gendarmes
serait grandement améliorée par la mise à disposition
du camp de cinquante lits en fer avec literie militaire normale (matelas)
et de quinze nécessaires de toilette pour sous-officiers (table,
cuvette, broc et seau). Par ailleurs, je me permets de rappeler qu’il
n’y a aucun WC pour les sous-officiers de la Gendarmerie et seulement
un wc, très rudimentaire, pour le personnel d’administration
et de direction (la demande d’installation en a été faite
il y a quelques jours) et que l’appareil de douches promis au camp
n’a toujours pas été installé ».
Sources
:
5 André Moine, La déportation
et la Résistance en Afrique du Nord (1939-1944), Éditions
Sociales, Paris, 1972. André Moine, responsable
des Jeunesses communistes puis secrétaire
régional du PC dans les Basses-Pyrénées,
participe à la création de comités
de soutien aux républicains espagnols. Arrêté le
29 août 1939 pour propagande communiste, il
est transféré de camps en prisons avant
d’être déporté et interné en
Algérie, d’où il sera libéré le
1er juin 1943. |
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